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La formation CAPA-SH (formation pour devenir rééducatrice dans les réseaux d'aide spécialisé pour les enfants en difficulté dans les écoles primaires) m'oriente vers des lectures que je n'aurais pas forcément choisies pour cet été.

Ce premier ouvrage est une belle surprise. Pierre-Jean, le personnage principal, reflète le portrait de ces enfants dont on ne s'occupe pas et pour lequel le parcours scolaire se complique au fur et à mesure des années.

On ne le voit pas comme on devrait: la seule vision qu'on ait de lui est celle d'un enfant pénible, fainéant, pas intelligent, dérangeant. On le pense même débile car il va voir un psy. 

Chacun de ses parents vit sa vie, sans réellement se soucier de ce que fait l'autre. Pierre-Jean est pris en sandwich, vit la sienne par procuration, sans qu'on le considère comme un être humain, capable de réfléchir sur son évolution et son parcours. On le traite comme un objet.

Seuls ses grand-parents et son oncle éprouvent un certain attachement à son égard. Cela est souvent le cas dans certaines familles: il y a une personne dans l'entourage qui est prévenante et réparatrice; l'enfant le ressent et cherche à rentrer régulièrement en contact avec elle. Dans le livre, c'est son oncle qui va jouer ce rôle. Il va lui permettre, à un moment donné, lors d'une dispute , évènement se produisant régulièrement entre le père et la mère, de sortir du personnage dans lequel il se conforte et de faire exploser ses émotions. 

A travers son écriture, Claudie Gallay fait le parallèle entre la fragilité de la nature et celle de l'être humain. 

Elle nous invite à réfléchir à l'impact que peut avoir des problèmes de logement (ici un terrain au bord d'une falaise avec un sol friable donc très dangereux) sur la vie d'une famille et les déséquilibres que cela engendre. Elle nous fait également ressentir l'état de détresse dans lequel est Pierre-Jean ainsi que la distance qu'il a avec sa propre vie: on sent bien qu'il se pose des questions mais qu'il ne comprend pas tout car ses parents ne prennent jamais le temps de lui expliquer ce qu'il se passe et ce qu'il devrait savoir.

Heureusement qu'il a la possibilité de s'occuper des animaux de son grand-père, d'aller à la pêche avec lui, d'avoir un copain et d'être secrètement amoureux de la soeur de ce dernier. Cela lui permet d'avoir son univers, rien qu'à lui, où il peut penser à autre chose.

La fin du roman ouvre sur une note d'espoir: peut-être que, désormais, sa vie pourra prendre une autre tournure avec ce changement de maison...